
On aperçoit sur cette photo le vignoble de… ah ! et puis non, je ne le dis pas tout de suite, je vous laisse jouer au jeu de la devinette, vous aussi…
Les Français disent familièrement pédaler « dans la choucroute », « la semoule », « la purée » et autres gourmandes analogies. Ici au Québec, on pédale tout court, point.
Ça a été mon cas en fin de semaine dernière lorsque me recevant à souper, on m’a servi deux rouges à l’aveugle. À l’aveugle totale, devrais-je spécifier, puisque les vins ont été apportés sur la table en carafe (et donc sans possibilité de circonscrire en partie l’origine à partir de la forme de la bouteille). En plus, c’était la première fois que nous allions chez nos généreux hôtes, je n’avais pas la moindre idée de ce que pouvait contenir leur cave – ce qui, d’ordinaire, donne un sacré bon indice.
J’ai d’abord cru avoir affaire à un bordeaux (dans le verre de droite, ça me semblait assez évident) ; mais pour l’autre, j’ai penché de prime abord pour la Loire. Un cabernet franc, assez âgé, dépouillé, plutôt élégant, un saumur-champigny peut-être ?
Évidemment, pendant ce temps, mon bourreau avait le sourire fendu jusque-là… Privilège de celui qui reçoit ! Il me dit : « Cabernet, oui, mais pas la Loire, non. » C’est là que je me suis mis à pédaler et à ramer, mon hamster intérieur se pensait en F1…
Toutes les contrées viticoles y ont passé. Après la Loire, je suis allé en Provence, puis en Italie, puis en Nouvelle-Zélande, puis… « Zut ! je suis perdu, dis-moi au moins si on est dans le Nouveau Monde ou en Europe… »
On était dans le Nouveau, et l’excellent vin en question, élégant et encore bien frais, était un rouge californien de type bordeaux : le Monte Bello 1993, de Ridge. Wow ! Quasi 20 ans dans le corps et quel bagout ! Étonnant, car le millésime 1993 a été bon en Californie, sans plus – mais il est vrai qu’une bonne année là-bas équivaut, climat favorable aidant, à une excellente année dans bien des pays européens. (À noter que le vin ne faisait que 12,5 % d’alcool, selon l’étiquette, et donc la méprise avec un vin européen n’était pas vraiment une grossière erreur de la part d’un éminent spécialiste comme moi, on s’entend ?)
Le verre de droite contenait le très bon pauillac Forts de Latour 1990. Pour celui-là, j’ai à l’opposé failli dire Nouveau Monde. Mais je suis revenu à Bordeaux rapidement, une année riche manifestement (vu la couleur et la densité de fruit) et pas loin de 20 ans dans le corps (vu la couleur encore et les tannins fondus). J’ai donc supposé que c’était un 1996. « Han han », de dire mon tortionnaire pour me signifier que je me trompais. « Bonne région, ajoute-t-il, mais pas le bon millésime. » Hmm… « 1990 alors ! » m’exclamai-je. Pour toute réponse, un doux et apaisant « Bingo ! » a retenti à mes oreilles…
Ce deuxième vin du premier grand cru classé bordelais Château Latour accusait plus son âge que le Monte Bello, on le sentait plus fatigué, moins tonique en bouche, avec un fruité plus mûr, moins éclatant. Mais on l’a tout de même siroté, ainsi que le Ridge, avec grand plaisir…
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On trouve en ce moment à la SAQ quelques bouteilles de Monte Bello 2008 Ridge, à 143,75 $. Le même vin en magnum, dans le réputé millésime 2007 pour les Cabernet de Californie, est vendu 305 $ ; là aussi il n’en reste que très peu.
Pour découvrir les vins de la maison Ridge sans se ruiner, on ira plutôt vers ses Zinfandel. Le Geyserville 2009 et le Lytton Springs 2008 sont présentement offerts à la SAQ, tous les deux à 42 $. Ils n’ont peut-être pas un potentiel de garde aussi grand que le Cabernet Monte Bello, mais ils peuvent tenir la route assez longtemps, aisément une décennie.
Pour goûter cette fois au Forts de Latour, il faudra être prêt à renflouer les caisses de l’État puisque le 2000 se vend 509,50 $. On pourrait aussi se rabattre sur le troisième vin de Latour, le Pauillac 2007. Pas une grande année, certes, mais une très grande maison. Résultat : le vin (105,75 $) est très bon et pratiquement à point, il n’y a que la concentration, relativement peu élevée, qui dénote le « petit » millésime.
P.-S. Voici la réponse à l’énigme de la photo : il s’agit du vignoble Monte Bello de Ridge Vineyards, à Cupertino, en Californie, dans les Santa Cruz Mountains. Au loin se profile la Silicon Valley où se trouve le siège social d’Apple, notamment.





