Le combat des vignes : greffées vs non-greffées

Publié par Frédéric Fortin le 15 Décembre 2012
Vigne-greffées_Cellier_Vin

Des vignes de gamay greffées qu'on s'apprête à planter au Domaine de Vissoux dans le Beaujolais.

Depuis l’invasion du phylloxéra, qui a débuté autour des années 1860 dans le sud de la France et qui se poursuit encore aujourd’hui dans certaines régions du globe, la plupart des vignobles du monde sont désormais plantés de vignes greffées. C’est-à-dire que la partie fructifère de la vigne (le greffon) est assemblée à un porte-greffe hybride d’origine américaine qui a l’avantage d’être immunisé face aux attaques du puceron ravageur.

Pour les curieux, cette vidéo, trouvée sur le canal numérique français Le JT, résume succinctement et simplement les étapes du greffage dans les pépinières vinicoles.

La question qui se pose : comment cette manipulation – on remplace le système racinaire tout de-même! – influence-t-elle la vigne et, ultimement, le vin qui en est issu?

Les réponses sont variées. Des recherches menées sur différents vignobles démontrent que le greffage affecterait la vigueur et le rendement des vignes ainsi que le taux de sucre et l’acidité dans les baies. Une étude approfondie tenue à Viña Santa Rita au Chili dont les résultats sont dévoilés et commentés dans le magazine chilien Vitis   (voir la page 15 du PDF) démontre, en effet, que les vignes greffées ne se comportent pas du tout de la même façon que leurs consoeurs franches de pied.

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Pourquoi cette introduction de nature plus technique?

C’est qu’avec l’arrivée en SAQ, cette semaine, d’une nouvelle cuvée du Domaine de la Charmoise, nous avons l’occasion de faire un match comparatif  fort intéressant. Exercice qui ne repose pas sur des données de terrain, cette fois-ci, mais bien sur l’expérience de dégustation; sur nos sens olfactif et gustatif. Place au combat des vignes!

Henry Marionnet_Gamay_Cellier_vinDans le coin droit – vous entendez ma voix de Michael Buffer? –, il porte le maillot greffé, nous vient directement de l’appellation Touraine et coûte 16,45$… le gamay Domaine de la Charmoise.

Produit courant devenu un incontournable pour les amateurs de vin fruité et léger – pour ne pas nommer la pastille.

Dans le coin gauche, portant le maillot non-greffé, du même producteur, élaboré avec la même variété de raisin et se détaillant à 21,40$… la cuvée Vinifera.

Un vin de spécialité (en arrivage par lot) déjà bien connu des wine geeks  qui ne fera pas long feu sur les tablettes… Hâtez-vous!

Les deux «combattants» sont issus du même cépage, ils ont été vinifiés de façon identique et proviennent du même millésime. De plus, les deux bouteilles ont été débouchées au même moment et les vins dégustés à la même température.

Soyons tout de même honnête dans notre exercice. Deux facteurs viennent quelque peu fausser les données : selon les informations recueillies sur le site web de la maison, les vignes greffés sont plus âgées d’une vingtaine d’années et la nature des sols des deux parcelles diffère légèrement. Notre démarche ne peut être qualifiée de «scientifique», on s’entend…

Le verdict

Les deux vins se ressemblent, oui, mais ce ne sont clairement pas des jumeaux identiques.

Le nez du Vinifera est plus subtil, moins expressif, on y perçoit des notes fruitées et florales, avec un p’tit quelque chose de rustique. Quant au Domaine de la Charmoise, le nez est plus exubérant, plus représentatif du cépage et de l’appellation : le fruit mûr à l’avant-plan avec des notes épicés de poivre blanc et de clous de girofle qui se dissimulent derrière.

Les dissemblances sont relativement marquées en bouche aussi. Le gamay greffé donne un vin  plus tendu, voire pointu; l’acidité est bien présente ce qui relègue l’aspect tannique au second plan. Les fruits, presque confits, font un retour rapide, mais assumé sur la finale. Un vin de soif!

La texture du Vinifera me semble plus équilibrée en ce qui concerne la rencontre de l’acidité et de la structure tannique. Moins vif, le vin nous permet de mieux apprécier ses tannins fins et souples. Ces derniers contribuent à faire durer le plaisir un peu plus longtemps avec une finale sur des notes plus herbacées que fruitées.

Si vous faites aussi l’expérience, partagez vos commentaires! De toute façon, il faut au moins trois juges pour juger un combat de façon impartiale, non?

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