Millésime 2010: Après la pluie, le beau temps

Publié par SAQ le 12 Février 2016

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Exigeant au champ, souvent excellent en bouteilles, le millésime 2010 commence à se révéler pleinement. Regardons de plus près ce qu’il a livré dans trois régions : Bordeaux, la Rioja et la Toscane. 

À la vigne, certains millésimes se font pratiquement tout seul – par exemple, les très solaires 2000 et 2009, à Bordeaux – tandis que d’autres demandent une attention de tous les instants. Avec un printemps humide qui a compliqué la floraison et la formation des grappes, et une fin de saison qui a forcé les vignerons à bien choisir le moment de la vendange, le millésime 2010 aura fait partie de la seconde catégorie. Mais au bout du compte, on en a tiré d’excellentes bouteilles, souvent bâties pour durer.

 

D’une région à l’autre, les parcours ont été différents. À l’automne, les Toscans ont eu à relever des défis, contrairement aux vignerons de Bordeaux ou de la Rioja. Le portrait d’un millésime n’est jamais uniforme, il varie toujours selon les régions et même les producteurs.

 

Quand les premiers avis se sont fait entendre sur le millésime 2010, bien des gens étaient un brin sceptiques. En 2009, les Bordelais avaient claironné qu’ils tenaient le millésime du siècle, et voilà qu’un an plus tard… ils en disaient autant. Vraiment ?

 

Droit et classique

 

Si le millésime 2009 avait d’emblée une personnalité plus chaleureuse et plus enjôleuse, le 2010 est lui aussi très impressionnant et bâti pour durer. « Des vins très classiques, moins flatteurs en primeur que les 2009, mais qui offrent une droiture et une fraîcheur remarquables », disait La Revue du vin de France, après le dévoilement du millésime, au printemps 2011. Tout, en 2010, était présent en force : la maturité, l’alcool, les tannins, mais aussi l’acidité. Après les pluies du printemps qui avaient réduit les rendements, août et septembre avaient offert aux vignerons un ensoleillement constant, avec des journées juste assez chaudes et des nuits fraîches qui permettaient un mûrissement lent, tout en préservant l’acidité.

Il fallait tout de même rester vigilant et garder l’équilibre à l’esprit, puisque tout pouvait monter au maximum de l’échelle. Dans le Médoc, certains vins
à base de cabernet-sauvignon ont fait dans la surextraction, qui les rend un peu durs en jeunesse, mais dans l’ensemble, les vins offrent effectivement quelque chose de tout à fait exceptionnel. Du fruit à revendre, de la structure aussi.

 

Les collectionneurs répètent souvent cette phrase : petit millésime, grands vins, grand millésime, petits vins. Bref, si les millésimes exigeants obligent de choisir les meilleurs vins pour la cave, les millésimes d’exception donnent de la qualité partout. Le 2010, encore assez largement disponible, offre l’occasion de trouver des vins de longue garde sous les prix stratosphériques des grands crus. Profitez-en !

 

Le meilleur est à venir

 

À cause des traditions vinicoles de la Rioja, le millésime 2010 n’a pas encore révélé tout son potentiel aux amateurs. Plus que toute autre, à l’exception du Piémont, cette région du nord-est de l’Espagne travaille de longs élevages en barrique et met ses cuvées en marché assez tardivement.

 

Un petit coup d’œil sur les vins de la Rioja actuellement vendus à la SAQ montre que la majorité des bouteilles datent de 2009 ou d’avant. De plus, les Gran Reserva 2010, au sommet de la pyramide qualitative, commencent à peine à se montrer le bout du nez, puisqu’ils doivent passer un minimum de cinq ans en barrique et en bouteilles avant de pouvoir être mis en marché.

 

Le millésime en question, quoi qu’il en soit, aura été fort en contrastes. En début d’année, on était loin de penser au réchauffement climatique. « Les vieux vignerons disaient que c’était la météo qu’on avait il y a 50 ans », expliquait Jorge Muga, de la maison du même nom, au magazine Wine Spectator. Hiver froid et pluvieux, orages et fortes ondées au printemps : les rendements s’annonçaient bien moches et limités, au mois de juin. Toutefois, en août et en septembre, soleil et températures équilibrées, un peu comme à Bordeaux, devaient s’installer pour de bon, et permettre au tempranillo de mûrir doucement et presque à l’infini.

 

En raison des rendements très limités, la concentration est très élevée : une dégustation récente de cuvées Reserva 2010, présentée par le site de Jancis Robinson, parle à répétition d’arômes de fruits noirs, et de vins concentrés et expressifs à souhait. Les amateurs du style plus classique de la région y trouvent peut-être un peu moins leur compte, mais difficile de contester le plaisir que cette année pas comme les autres donne dès maintenant et pour encore longtemps.

 

Triompher dans l’effort

 

Plus que Bordeaux ou que la Rioja, la Toscane aura connu un millésime 2010 véritablement exigeant pour les vignerons. Alors qu’en septembre, dans les deux premières régions, on débattait sous le soleil du moment idéal pour vendanger, les Toscans, eux, devaient encore se battre avec des ondées persistantes qui mettaient à risque la qualité de la récolte.

 

Avec de l’humidité et de la pluie au printemps comme à l’automne, les inquiétudes concernant la maturité, mais aussi les maladies fongiques étaient particulièrement aiguës pour les domaines du Chianti, comme ceux de toute la Toscane. Au début de l’été, plusieurs vignobles étaient si chargés d’eau qu’on avait du mal à y faire passer les tracteurs pour soigner la vigne. De plus, le cycle de la vigne avait pris deux bonnes semaines de retard.

 

Il y avait de quoi faire manquer de sommeil à bien des viticulteurs, aux prises avec tous ces soucis, même si le soleil et la chaleur de juillet et d’août avaient permis un certain rattrapage. La pluie ayant repris en septembre, il fallait attendre patiemment la maturité des raisins et, une fois au chai, il fallait également effectuer des tris sérieux, pour ne garder que le fruit mûr et préserver la qualité générale.

 

Au final, toutefois, la qualité de ce millésime « bizarre » est au rendez-vous, selon le qualificatif utilisé par Angelo Gaja, pour les vendanges de son domaine Ca’Marcanda, à Bolgheri. « Excellente qualité », conclut-il, presque étonné. Lors d’une dégustation de brunello-di-montalcino 2010, en juillet 2015, Jancis Robinson déclarait de son côté avoir trouvé les vins « très chargés de tannins, mais égayés par une acidité vraiment fraîche et une agréable pureté de fruit, de façon générale ». Le réputé guide italien Gambero Rosso a aussi décerné un grand nombre de sa plus haute distinction, les Tre Bicchieri, aux vins de Toscane 2010, en qualifiant le millésime d’excellent, peut-être même supérieur au 2009, pourtant beaucoup plus ensoleillé. Comme quoi la qualité en bouteilles ne vient pas toujours avec la facilité au champ.

 

Le facteur soleil

 

En Toscane, le 2010 paraissait d’autant plus bizarre que les années 2000 n’ont pas manqué de millésimes ensoleillés. Les 2005, 2007 et 2009 ont assurément donné des vins plus enrobés et plus charmeurs en jeunesse que le 2010. Toutefois, ces millésimes ont mieux profité aux cépages bordelais plantés à Bolgheri qu’au sangiovese. Un peu plus hâtif, le roi des cépages toscans tire parti d’une certaine fraîcheur qui préserve son côté énergique et vivifiant.

 

Le meilleur de la décennie

 

Le millésime 2010 reste de loin le plus brillant des six dernières années. Comme les vins de cette saison exceptionnelle commencent à exprimer leur potentiel, voici l’occasion de s’en procurer, que ce soit pour la garde ou pour les déguster dès maintenant. Avant qu’ils ne disparaissent des rayons…! 

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