Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle…

Publié par Frédéric Fortin le 17 Avril 2014

Qui peut admettre sans broncher que l’étiquette qu’arbore un vin n’influence en aucun cas sa perception du produit ?

Certains les préfèrent plus sobres, d’autres plus excentriques ou tape-à-l’œil, mais l’étiquette demeure inévitablement notre premier contact avec le vin, et en matière de première impression, il y a des producteurs qui se démarquent plus que d’autres.

Ce n’est pas d’hier que l’inventivité et la diversité se remarquent sur les bouteilles de vin. Déjà, au milieu du XIXe siécle, les producteurs de champagne – ils jouissent à cette époque d’un fulgurant succès commercial – apposent sur leurs bouteilles des étiquettes originales, inusités voire farfelues pour attirer le regard.

Château Mouton Rothschild, célèbre institution bordelaise, a pour sa part invité l’art sur ses étiquettes de vin. Depuis 1945, la façade du grand cru de la maison est, à chaque année, illustrée par un artiste différent. C’est d’ailleurs le peintre québécois Jean-Paul Riopelle qui a offert son coup de pinceau en 1978. Millésime pour lequel circulent exceptionnellement deux étiquettes différentes ; le jury ayant été incapable de trancher parmi les œuvres présentées par l’artiste.

Dans les arrivages du magazine Cellier du mois d’avril, il y a deux vins qui ont spontanément attiré mon attention, mon regard, devrais-je dire. Les étiquettes de la cuvée Charles & Charles de Charles Smith et du sangiovese toscan de Bibi Graetz ont définitivement titiller ma subjectivité – il faut parfois l’admettre - ; l’une parce j’apprécie toujours ces producteurs qui offrent une vitrine à l’art visuel et l’autre parce que j’avais l’impression qu’on avait réutilisé la pochette d’un album de groupe de punk rock californien.

Considérant que Charles Smith a été gérant et directeur de tournée pour des groupes rock – dont le duo danois The Raveonettes – pendant près de 10 ans, il est déjà plus aisé de comprendre le choix de cet esthétique marginal et déjanté qui caractérise ses marques de vins. Nommé «vigneron de l’année» par le magazine Food & Wine en 2009, ce passionné de vin à la chevelure abondante préconise une production où les vins sont fidèles à la typicité du cépage et peuvent s’apprécier dès leur mise en marché. Sa devise : «It’s just wine, drink it».

Cette philosophie se traduit dans la bouteille du Charles & Charles : un rouge qui ne suscite pas la contemplation, mais qui se boit très bien ; c’est un vin convivial. Les arômes charmeurs de fruits rouges – j’ai même «shortcake aux fraises» dans mes notes de dégustation! – et des notes d’épices douces se dévoilent autant au nez qu’en bouche, cette dernière, équilibrée, est caractérisée par des tannins souples.

Quant à Bibi Graetz – je vous ai déjà raconté son histoire ici –, son implication dans la viticulture est loin de lui avoir fait perdre son âme d’artiste. Il illustre lui-même chacune de ses cuvées et tâche d’exprimer  sa créativité aussi dans la bouteille. Lorsqu’un diplômé de l’Académie des Beaux-arts se lance dans la vinification, on a de forte chance que les notions d’équilibre et d’harmonie soient respectées.

Pas aussi éclatante que l’illustration qui se trouve sur l’étiquette, la cuvée It’s a game ! demeure effectivement un bel exemple de sangiovese où l’harmonie règne. Bien que subtil, le nez révèle des arômes de cerise et de fleurs séchées ainsi que de délicates notes de vanille, résultat d’un élevage en fût maîtrisé. La bouche, aérienne, souple et relativement longue donne envie d’une côtelette d’agneau sur le gril.

P.S. Si l’on nomme le collectionneur de plaques de muselet de champagne le placomusophile, sachez qu’on appelle celui qui collectionne les étiquettes de vin l’oenolabelophile ou encore l’oenographiliste.

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