Noter ou non les vins (la suite) : le hamster intérieur…

Publié par Marc Chapleau le 9 Novembre 2011

Après mon billet de vendredi dernier, vous avez exprimé passablement d’idées. J’ai écouté, comme promis, mais si je donne suite à tout ce que vous suggérez, tantôt je devrai m’abstenir de noter les vins, tantôt je devrai au contraire y aller allègrement…

Évidemment, je vais devoir n’en faire qu’à ma tête, au final, sinon on n’ira nulle part. Ce qui n’empêche pas mon ordinateur intérieur de tourner à fond, comme un hamster dans sa roulette, à jongler avec diverses solutions.

Voici, en tout cas, une proposition : je vais noter pour un temps à l’aide d’étoiles, parce que c’est ce système que j’utilise dans mon carnet personnel. Une étoile, le vin est buvable, il n’a pas de défaut mais pas beaucoup de qualités non plus; cinq étoiles, c’est le sommet, que je ne touche, en ce qui me concerne, que quatre ou cinq fois par année (sur quelques milliers de vins dégustés). Entre ces deux extrémités, je navigue en octroyant des deux, trois ou quatre étoiles, selon la qualité du vin.

Je pousse même la coquetterie jusqu’à nuancer avec des 1/4, des 1/2 et des 3/4. Vous trouvez ça un peu tiré par les cheveux? Attendez, vous n’avez rien entendu encore : il m’arrive souvent de donner à un vin, par exemple, 3 1/2 + ou 3 1/2 , comme dans 3 1\2 « fort » et 3 1/2 « faible »… Si bien que je me retrouve au bout du compte à noter sur quelque chose comme 50, en additionnant toutes les possibilités.

Vos commentaires m’ont fait réaliser que, si j’étire l’élastique de la sorte, ce doit être au fond parce que je me sens trop à l’étroit dans le système de une à cinq étoiles.

Voilà déjà ça d’acquis!

Par contre, on n’a rien dit encore sur le lien à faire entre la note et le prix (les fameux signes de dollar accolés aux étoiles par certains de mes confrères) ni sur l’autre grande question : doit-on noter dans l’absolu ou dans la catégorie?

My God, je commence à avoir mal à la tête, vite de quoi manger et un bon verre de vino pour me récompenser…

Deux bons rouges goûtés récemment : le Pinot Noir Les Ursulines 2009 (24,25$) de la maison bourguignonne Boisset et le Cabernet Sauvignon Antiguas Reserva 2009 (17,95$), celui-là du producteur chilien Cousino Macul.

Allez, je me lance : le bourgogne rouge est tendu, un peu vif même (acidulé), mais la matière est là derrière, un vin léger qui prendra un peu de rondeur à table, avec de la nourriture. La note : 3 étoiles (ou 85-87 pour cent, dans ces eaux-là.)

Quant au chilien, il conjugue corps, concentration et fraîcheur, il ne sent pas du tout la sueur (eh oui!) ni le cuir comme jadis; à découvrir ou redécouvrir. La note : 3 étoiles, lui aussi.

Deux bons achats donc, le premier à jumeler à des plats légers et l’autre à quelque chose de plus substantiel et peut-être même d’un peu épicé, il est assez costaud pour ça.

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commentaires

  1. Jonathan Ménard dit le 9 Novembre 2011 à 5:22 pm

    Oups, je viens de voir ce billet tout neuf sur le sujet, donc voici encore une fois:

    J’organise souvent des tests à l’aveugle de vins et c’est toujours coté sur 10. Cependant, les gens donnent presque toujours des demi-point, voire des décimales.
    Il ne faut pas oublier que le but premier de mettre une note chiffré est de permettre une COMPARAISON. Donc si on se retrouve à la fin avec tout plein de 17/20 ou de 87/100 (chose que l’on voit régulièrement)… ça ne sert strictement à rien.
    Pour véritablement ”se mouiller” il faut faire preuve d’intransigeance. Il faut aussi être capable de prendre position et dire carrément que tel vin est meilleur qu’un autre. Un vin ordinaire ne devrait jamais mériter plus que l’équivalent de 6/10, tandis qu’un vin de 10/10 ou même 9.5/10 devra être exceptionnel. J’ai vu fréquemment lors de mes tests à l’aveugle des 3 ou 4/10 et en de rares occasions des 10/10. Tout est question d’échelle. À mon avis, vaut mieux décrire de façon concise et claire ce que veut dire chaque note.

    Je rajoute:

    Pour ma part, je trouve la notation chiffrée extrêmement utile, voire inévitable si on désire un tant soit peu se sortir de la vaporeuse subjectivité.
    Dans le cadre de mon travail, nous utilisons souvent ce genre de méthode d’évaluation et il est vrai que c’est un travail parfois difficile.

  2. Jonathan Ménard dit le 9 Novembre 2011 à 5:52 pm

    ”l’autre grande question : doit-on noter dans l’absolu ou dans la catégorie?”

    Excellente et déchirante question.

    ”Scientifiquement” parlant, la notation ne devrait pas tenir compte du prix. On devrait noter les choses séparément, question d’éviter la confusion. On juge la qualité dans l’absolu et non l’étiquette de prix.

    Or, voilà: impossible de faire abstraction du prix puisque l’objectif ultime de la notation est de permettre une décision d’achat; on achète ou on passe son tour. Et il est certain qu’un 8/10 à 15$ aura plus la faveur du public qu’un 8/10 à 50$.

    Voilà donc ce que je propose, qui serait assez inusité dans le domaine du vin, mais utilisé dans d’autres marchés où la notation peut aussi être complexe:

    1. Vous déterminez les différents facteurs à noter, en tentant d’en réduire le nombre au strict minimum. Les points essentiels, c’est tout.

    2. Vous accordez à chacun une importance sous forme de pourcentage dans le résultat final (quel facteur est plus ou moins important que les autres).

    3. Vous notez ensuite chaque point, dans l’absolu, sans vous soucier des autres points.

    Et voilà, vous avez votre note finale une fois le tout cumulé.

    Par exemple:
    30% est accordé au rapport qualité/prix (dans l’absolu)
    70% est accordé à la qualité du vin, dans l’absolu.

    Donc, un vin excellent mais au prix tellement absurde que même les collectionneurs de Hong Kong bouderaient, pourrait avoir une note max de 70/100.
    Un vin ordinaire mais ‘bien correct pour les lundis’, qui se mérite une note de 7 sur 10 sur sa qualité mais ne coûtant que 8$ (et donc, disons 9 sur 10 pour le rapport qualité prix) aura donc une note finale de (4.9 + 2.7) 7,6 sur 10.

    Bien sûr, c’est possible d’ajouter d’autres facteurs (potentiel de garde, fragmenter les caractéristiques du vin, etc..).

    J’utilise depuis des années un fichier Excel qui permet de calculer ce genre de chose en quelques secondes, c’est une vraie joie; cela permet de mettre de l’objectivité là où la subjectivité agit en despote. Ce qui est définitivement le cas ici pour le vin.

  3. Jonathan Ménard dit le 9 Novembre 2011 à 6:09 pm

    ”Une étoile, le vin est buvable, il n’a pas de défaut mais pas beaucoup de qualités non plus; cinq étoiles, c’est le sommet, que je ne touche, en ce qui me concerne, que quatre ou cinq fois par année (sur quelques milliers de vins dégustés). Entre ces deux extrémités, je navigue en octroyant des deux, trois ou quatre étoiles, selon la qualité du vin.”

    Problème d’échelle, ici, monsieur Chapleau.
    Il doit toujours y avoir un niveau zéro. Si gradué de 1 à 5, le 1 étoile devrait servir de point de repère pour ce qui est *mauvais*. ”Buvable”, ”sans défaut”, ”pas beaucoup de qualités” c’est encore trop bon pour mériter le niveau zéro.
    Aussi, 5 étoiles sur 5, plusieurs fois par années, ce me semble problématique également. N’y a t-il pas une hiérarchie au sein de ces champions ? Fort probablement! Mais impossible de faire un ”Spinal tap” de soi en mettant le volume à 11, n’est-ce pas ? Ce qui prouve que le système 5 étoiles manque de précision, n’offre pas suffisamment de latitude. Il faut toujours se méfier des extrêmes tout en naviguant assez large pour offrir des nuances. Pas facile! Mais sans contredit un beau défi… qui alimente les discussions :-)

  4. Marc Chapleau dit le 10 Novembre 2011 à 9:25 am

    Comme disent les Chinois, voilà beaucoup de “Food for Thought”, monsieur Ménard, merci, vous alimentez effectivement la discussion, ainsi que la réflexion. Je note entre autres, dans votre deuxième commentaire, que cela revient à noter au fond dans la catégorie.

    Noter de la sorte est utile pour guider la décision d’achat, mais il arrive aussi que l’on veuille savoir, dans l’absolu, où se situe en gros tel ou tel vin sur l’échelle de la qualité, par rapport à un très grand cru par exemple.

    Dans ces cas-là, au consommateur de décider ensuite, en fonction du prix et bien sûr aussi de ses propres moyens, s’il s’agit d’un achat avisé.

    Mais vous soulevez aussi plusieurs autres points intéressants, j’y reviendrai, là vous m’excuserez, je dois quitter et impossible de texter au volant… ;-)

  5. Stéphane dit le 10 Novembre 2011 à 5:06 pm

    Ma préférence est une note dans l’absolu ET une indication du rapport qualité/prix (excellent, honnête, mauvais rapport qualité/prix, etc…) ou simplement le système courant de nombre de $$$ pour le prix versus le nombre d’étoiles pour le goût qui indique la même chose. Je ne crois pas qu’on rende service à personne en combinant les deux évaluations ni en omettant le rapport qualité prix.

  6. Marc Chapleau dit le 10 Novembre 2011 à 5:45 pm

    Je serais aussi porté à dire oui à la notation dans l’absolu, en vertu de laquelle un vin coté seulement 2 1/2 étoiles peut être un super-achat si son prix est bas.

    Pour un vin de grande qualité, qui mérite disons 4 étoiles, la relation avec le prix est moins évidente, ce type de vin peut être très cher pour diverses raisons, mais selon le portefeuille – ou les folles envies – du consommateur, il peut néanmoins s’agir d’un achat obligé.

    Au final, je crois que c’est le consommateur qui est le mieux placé pour mettre en rapport le nombre d’étoiles attribuées avec le prix demandé, puis pour prendre une décision.

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