Nouvelle-zélande : nouveaux horizons

Publié par SAQ le 5 Juillet 2014

Sauvignon blanc et Marlborough. Deux mots qui ont révolutionné le monde du vin de la Nouvelle-Zélande en résonnant aux oreilles de la planète. En donnant à ce cépage un profil aromatique immédiatement reconnaissable (fruit de la passion, pamplemousse, notes herbacées…), les vignerons de Marlborough – suivis par leurs collègues des régions avoisinantes – se sont ouvert une part du marché mondial qui a transformé leur industrie. Et le mouvement ne semble pas vouloir ralentir.

LE FER DE LANCE

Le pays a beau faire de très bons chardonnays, rieslings, pinots noirs, syrahs, etc., c’est du côté du sauvignon blanc que ça se passe! En 1995, il y avait 936 hectares destinés à ce seul cépage en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, il y en a plus de 17000 – presque vingt fois plus. À ce jour, 83% des exportations de vin néo-zélandais (1,2 milliard de dollars) proviennent du seul «savvy», comme on le surnomme là-bas. Le pinot noir suit de très loin, à 6%. «Quand nous avons établi notre vignoble, il y a 25 ans, explique Tim Preston, fondateur de la maison Mills Reef, à Hawkes Bay, il y avait plus de domaines dans notre région que dans celle de Marlborough.»

Aujourd’hui, Marlborough produit presque sept fois plus de vin que Hawkes Bay – même si cette dernière a triplé sa production. Les vins de Hawkes Bay, menés par des assemblages bordelais et des syrahs, s’écoulent à 70% sur le marché intérieur et à 30% à l’exportation. À Marlborough, où les grands groupes internationaux comme Constellation, Pernod Ricard et LVMH ont investi fortement, c’est l’inverse. «Le sauvignon blanc nous a fait connaître, dit Trudy Sheild, œnologue chez Waimea, dans la région de Nelson, à l’ouest de celle de Marlborough. C’est notre pain et notre beurre. Mais nous devons prouver que nous pouvons faire autre chose.» Comme elle l’explique, la région excelle dans les cépages alsaciens comme le pinot gris, le riesling et le gewurztraminer. Mais pas question pour autant de se présenter sur les marchés internationaux sans avoir un sauvignon blanc à faire déguster!

Pour Simon Waghorn, de la maison Astrolabe, à Marlborough, le succès du sauvignon blanc se justifie par son caractère expressif et par la manière dont il s’accorde avec les tendances gastronomiques. «Le style que nous produisons s’aligne parfaitement avec les fruits de mer et les salades, avec des saveurs fraîches que les gens apprécient. J’adore notre sauvignon avec une salade de roquette et de fromage de chèvre. C’est bon avec les huîtres, bien sûr. Et pour moi, c’est souvent le premier verre, le soir. Quelque chose qui enlève bien la poussière d’une journée de travail.»

BON À L’EXCÈS?

NouvelleZélande_Dossier_Cellier_Vin

«Le succès du sauvignon blanc est une arme à deux tranchants», reconnaît tout de même Waghorn. Grand défenseur du cépage et de la région, il se soucie, comme bien d’autres, de son importance dominante dans l’économie vinicole du pays. Il garde à l’esprit les difficultés qu’a connues l’Australie quand les marchés mondiaux se sont détournés de ses fameux shiraz. De nombreux Australiens regrettent aujourd’hui d’avoir mis tous leurs œufs dans le même… cépage

De plus, la réussite du «savvy» génère de la compétition – voire de l’imitation. Le chroniqueur Michael Cooper, qui publie chaque année un guide exhaustif sur le vin de Nouvelle-Zélande, souligne que plusieurs sauvignons blancs de l’Afrique du Sud et du Chili poussent dans la même direction, et sont d’ailleurs vinifiés par des Néo-Zélandais. « À l’aveugle, même des experts ont du mal à les différencier. Mais quand on en goûte souvent, on voit bien la diversité et les nuances des sauvignons blancs néo-zélandais, note Michael Cooper. Il y a des millions de caisses de certaines marques, mais aussi des vins produits en haute altitude, avec des levures naturelles, ou encore les sauvignons de Hawkes Bay, plus tropicaux et plus ronds, qu’on élève parfois en barrique.» Bref, selon lui, ça vaut la peine d’y regarder de plus près.

PINOT NOIR ET CIE

La diversité des styles est encore plus évidente dans les pinots noirs, dont les meilleurs viennent de Central Otago, à l’extrême sud du pays. Cette région se distingue par des différences de microclimats importantes (voir la fiche vinicole, page 26) que les vignerons cherchent à mettre en valeur. «Dans mon guide, il y a 750 pinots noirs différents, contre 550 sauvignons blancs, même si on produit dix fois plus de ce dernier, précise Michael Cooper. Les pinots sont produits à bien plus petite échelle, dans toute l’île du sud, mais aussi dans certains secteurs du nord, notamment à Martinborough. Partout, les vins sont exubérants et aromatiques, bien qu’ils gagnent en profondeur et en sérieux, à mesure que les vignes prennent de l’âge.» Grâce à ce caractère expressif, le pinot noir de l’Otago convient à des accords un peu plus costauds.

«On l’aime avec de l’agneau, surtout une pièce grillée, servie bien rosée, explique Rudi Bauer, de la maison Quartz Reef, à Bendigo, un des secteurs les plus frais de la région. Ça fonctionne très bien, côté textures. Le pinot enrobe tout ça de beaux fruits et de tannins qui viennent amplifier l’ensemble.» Bauer profite également de la fraîcheur de son secteur d’Otago pour produire des mousseux bien nets, avec très peu de dosage (l’ajout de liqueur sucrée qui arrondit la grande majorité des bulles), pour que l’expression du site reste aussi pure que possible. Tant pour le mousseux que pour les pinots noirs tranquilles, Bauer se réjouit sans cesse d’avoir choisi ce coin de pays, couronné par les Alpes néo-zélandaises, après avoir terminé ses études en viticulture et en œnologie dans son Autriche natale. «Comment ne pas tomber amoureux de cet endroit? Il est béni des dieux. On y travaille fort – peut- être même plus fort qu’ailleurs –, mais les récompenses sont exceptionnelles. De plus, il y a une forte volonté d’œuvrer ensemble, pour tirer le meilleur des vignes et pour faire connaître la région et les vins.»

Le caractère collégial et la collaboration entre les vignerons de Central Otago ont été remarqués par plusieurs de leurs collègues. «Ils ont très bien réussi à raconter leur histoire au monde», approuve Tim Preston, même si ses vignes sont à l’autre bout du pays. Preston n’est pas pour autant moins fier de son coin de terroir, notamment des vignes installées dans la sous-appellation gimblett-gravels. «Les rivières et les inondations ont créé un sol très graveleux, qui compte jusqu’à 50 mètres d’alluvions, avec des veines de sédiments plus fins.

Les vignes peuvent creuser très loin pour trouver l’eau et le caractère du terroir.Dans cette appellation, entièrement définie par ce type de sol, il fait trois degrés plus chaud que dans le reste de Hawkes Bay, déjà parmi les plus chaudes du pays. C’est ce qui nous permet de faire mûrir du cabernet-sauvignon et surtout, de la syrah, qui est la vraie force des gravels. Les vins ont un mélange de puissance et d’élégance, avec de la densité et des arômes de violette.» Des rouges de caractère, donc, faits non seulement pour l’agneau, mais aussi pour le bœuf Wagyu (la Nouvelle-Zélande possède des élevages de cette race bovine japonaise réputée et en exporte la viande) ou encore le canard – en particulier, s’il est braisé avec des épices asiatiques, selon le vigneron de la maison Mills Reef, dont le domaine compte aussi un restaurant.

UN AVENIR PROMETTEUR

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Le vrai caractère de ces vins ne fait que commencer à se révéler, insiste-t-il toutefois. «À Gimblett Gravels, les plus vieilles vignes ont vingt ans. C’est à partir de là que l’on commence à voir de la complexité. Avant ça, on ne se rend pas compte de tout le potentiel.»

À l’âge des vignes et à l’expérience des vignerons s’ajoute aussi depuis peu une forte volonté d’expérimentation. «On voit de bien belles choses se faire avec du chenin blanc ou de l’albarino, voire du montepulciano, souligne Michael Cooper. Il n’y en a pas encore de forts volumes, mais des douzaines de cuvées apparaissent sur le marché. Et il ne faut pas oublier le chardonnay qui devrait reprendre du poil de la bête. Des producteurs exceptionnels comme Neudorf, à Nelson, ou Kumeu River, tout près d’Auckland, ont montré qu’on peut faire quelque chose d’exceptionnel, si on y met vraiment l’effort.» Une raison de plus pour regarder plus loin que le bout de son sauvignon…

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