Où y a de la gêne…

Publié par Marc Chapleau le 27 Juin 2012

La gêne_Beaujolais_Cellier_vinLa première fois que je l’ai entendu dire, c’est de la bouche d’un vigneron français, qui venait d’ouvrir une bouteille et de se servir un verre pour s’assurer que son vin était correct : « Hum, fait-il en portant le tout à son nez, j’ai comme un petit pet, là, on va d’abord carafer le vin, après ça ira mieux… » En fait, il a prononcé « pè », comme le font tous les cousins, mais en bon québécois, j’avais bien saisi de quoi il s’agissait.

Le vin était réduit, voilà. Il sentait, comme dirait par ailleurs Miss GlouGlou, la blogueuse vin du journal Le Monde, les œufs pourris, le méchant pet ou le putois, au choix.

Maintenant pas de panique ! Comme pour à peu près toutes ces senteurs qu’on nomme pour qualifier les vins, l’odeur de pet n’est habituellement présente qu’à petite dose, à peine si on la perçoit. Sauf qu’elle peut gêner. L’amateur aguerri, qui en a vu d’autres, ne s’en inquiète pas trop. Même qu’elle est plutôt rassurante : c’est signe que le vin n’a pas été beaucoup en contact avec l’air (notamment en cours d’élevage), il ne risque donc pas d’être au contraire grevé par une oxydation.

Car le vin réduit, qui à l’ouverture sent bizarre sans pour autant sentir franchement mauvais, n’a d’ordinaire besoin que d’être aéré. Se dissipent alors les gênantes odeurs et s’expriment, par exemple, des notes fruitées, épicées ou vanillées, selon le cas.

Le plus simple, comme l’avait fait le vigneron auquel je faisais allusion tantôt, est de carafer le vin ou de le transvider dans un autre contenant ; l’air qu’il capte au passage élimine en règle générale l’inconvénient. Également, ce n’est pas prouvé, mais tout porte quand même à croire que les vins plus ou moins réduits à l’ouverture de la bouteille ont un meilleur potentiel de garde ; ils conserveront leurs qualités un peu plus longtemps dans le cellier.

Le dernier vin que j’ai bu qui était d’entrée de jeu plutôt malodorant, c’est le Côte de Brouilly « Les Griottes » 2010 Château Thivin. Un très bon beaujolais ! Que je n’ai même pas eu à carafer, puisque l’odeur s’est rapidement envolée, dès le deuxième verre. En bouche, ça goûte la cerise effectivement, et l’ensemble n’est pas si léger, le vin a un peu de corps et il est par ailleurs minéral, droit dans ses bottes oserais-je dire. On sent une très légère trame à la fois tannique et acidulée.

Ce Thivin 2010, loin d’être velouté et charnu (amateurs de vins ronds et généreux, soyez prévenus), a quelque chose de cérébral, de sérieux – mais aussi d’absolument délicieux.

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