Du 3 au 7 août dernier, la ville de Québec a vibré au rythme de la 15e édition des Fêtes de la Nouvelle-France. Les festivaliers ont envahi la Place de Paris, la Grande-Allée et le Parc-de-l’Artillerie pour célébrer la mère patrie et commémorer notre histoire nationale.
Mais que buvaient les colons français à l’époque de la Nouvelle-France? Étaient-ils des amateurs de vin au même titre que nous le sommes aujourd’hui?
Une chose est sûre, bien avant la Nouvelle-France, la vigne poussait sur les terres qui longent le fleuve. Lors de son premier voyage dans la vallée du Saint-Laurent, Jacques Cartier avait d’ailleurs aperçu de nombreux champs de vignes sauvages (vitis riparia, labrusca et amurensis) sur l’île d’Orléans – île qu’il avait alors surnommée l’île de Bacchus.

Les premières tentatives de vinification de la vigne sauvage appartiennent à l’apothicaire Louis Hébert en 1607, et ce, avant même que Samuel de Champlain ne choisisse le pied du Cap-aux-Diamants pour s’y installer et commencer la construction de l’Habitation. Mais, à l’époque de l’arrivée des premiers colons, la vigne du pays ne produit pas un vin qui fait l’unanimité.
Même si certains lui trouvent des qualités surprenantes – le sulpicien René de Bréhaut de Galinée le compare au «vin des Graves» de l’époque – la plupart des habitants ne peuvent supporter l’âcreté dérangeante des vins élaborés à partir de la vigne d’ici. Les habitants de la Nouvelle-France préfèrent alors consommer le cidre issu des pommiers de la région plutôt que d’avaler ce vin noir comme de l’encre, dont le goût et les arômes varient souvent d’une bouteille à l’autre.
La consommation de vin des colons augmente rapidement avec l’importation de vins provenant de la France, surtout. Mais aussi du Portugal et de l’Espagne. Jusqu’en 1670, les arrivages proviennent principalement de l’Aunis, de la Saintonge et de l’Angoumois : les vins de «La Rochelle». Ce sont des blancs très légers, peu alcoolisés, qui supportent très mal le transport.

Vers la fin du XVIIe, les navires rapportent dans les colonies du vin de Bordeaux. Rien à voir avec les grands Bordeaux mythiques qu’on connaît aujourd’hui! Même s’il se vendent plus chers, ces Bordeaux se présentent comme des vins légers, légèrement colorés et peu alcoolisés. Ils s’apparentent aux «french clarets» tant prisés par les Britanniques au Moyen-Âge. Quant aux vins liquoreux, ils arrivent d’Espagne et de Navarre, et ils présentent l’avantage de mieux résister à la traversée de l’Atlantique. Vu leur prix très élevé, ils sont cependant réservés aux mieux nantis.
Lors de la conquête anglaise en 1760, la consommation de vin fait déjà partie des mœurs alimentaires dans toutes les provinces du royaume de France. D’ailleurs, lors de son passage dans les colonies au milieu du XVIIIe siècle, le voyageur suédois, Pehr Kalm, affirme que « la boisson la plus fréquente ici est le vin rouge, pur ou coupé d’eau; cette dernière coutume est la plus courante ». L’historien Marc Lafrance documente aussi, dans son texte intitulé De la qualité des vins en Nouvelle-France, que le «vin représente 12 % de la valeur totale des importations de la colonie» et que ce chiffre «porte la consommation annuelle personnelle à 32 litres». À titre comparatif, la consommation annuelle par adulte au Québec s’établit présentement à 18 litres.

À table, les habitants de la Nouvelle-France ne manquent de rien. Les sols sont propices à l’agriculture, le pays regorge de poisson et de gibier et, de plus en plus, les bateaux abordent avec de l’huile de Florence, du vinaigre en petits barils, du poivre noir et diverses denrées qui permettent de diversifier la cuisine. Bien qu’on se trouve encore à mille lieux des propositions d’harmonies moléculaires de François Chartier, le vin est invité à la table de nos ancêtres pour s’accorder à « la mangeaille » et célébrer la tablée.
À la prochaine!





