ZOOM SUR L’HACIENDA ARAUCANO

Publié par Frédéric Fortin le 7 Mai 2012

Comme l’édition été 2012 du magazine Cellier se consacre en grande partie aux vignobles de l’hémisphère sud, j’en ai profité pour ressortir les photos et les carnets de notes qui témoignent de mon dernier voyage vinicole au Chili, en novembre 2011. Il y aurait du matériel pour rédiger plusieurs billets, mais, pour l’instant, je vous propose de « focaliser » – beaucoup d’images, vous le constaterez – sur la propriété du Bordelais François Lurton dans la vallée de Lolol, l’Hacienda Araucano.

hacienda_Araucano_chili_hélène_Cellier_Vin

À l’avant-plan, le très sympathique Aurélien Peris, le directeur technique d’Araucano. L’accompagnent, les trois collègues avec qui j’ai eu la chance de participer à ce périple chilien sur invitation de Wines of Chile : Hélène Dion (en robe noire) directrice des communications pour l’Association canadienne des sommeliers professionnels et instigatrice du blogue Buvez-en tous!, Jessica Harnois, présidente de l’Association canadienne des sommeliers professionnels, chroniqueuse à TVA et collaboratrice au blogue de James Suckling, et, habilement dissimulé derrière Hélène, David Santerre, journaliste à La Presse, collaborateur au magazine Cellier et rédacteur pour le blogue La bande des vins.

En choisissant Colchagua pour établir son exploitation vinicole en 1997, François Lurton s’installait dans une vallée qui, huit ans plus tard, allait être nommée région vinicole de l’année par le magazine Wine Enthusiast.

Pourquoi tant d’éloges pour cette vallée chilienne? Le climat chaud et très sec – les rares précipitations ont lieu en hiver – ainsi que le phénomène d’amplitude thermique permettent d’atteindre une maturité optimale et des concentrations importantes. Les cépages qui tirent leur épingle du jeu dans ces conditions sont le cabernet, le merlot, la syrah, mais surtout le cépage emblématique du Chili, le carmenère – variété qui n’est pas pressée de mûrir. Ce qui a déjà causé des maux de tête à bien des vignerons selon les dires de M. Peris.

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Située tout près de la côte Pacifique, à moins de 35 kilomètres de l’océan, la commune de Lolol nous invite à ce sublime spectacle, tous les matins, au lever du jour. Pendant quelques minutes, le brouillard océanique caresse les vignes du domaine Araucano pour leur annoncer la venue du soleil après une nuit des plus fraîches – l’amplitude thermique est très élevée au Chili.

Autre net avantage de la région de Colchagua, et encore plus particulièrement de la sous-vallée de Lolol, en ce qui concerne la culture du carmenère : la pauvreté des sols. Comme il ne supporte pas les sols fertiles, le carmenère se plaît énormément là où l’on trouve la diorita. En plus de contribuer à l’appauvrissement du sol, elle est considérée comme la roche la plus dure sur terre. Nous n’avons pas fait le test…

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Au Chili, les maladies de la vigne sont peu nombreuses et le phylloxéra complètement absent. C’est pourquoi on entend parfois parler du miracle chilien. Dans les plantations, ce n’est pas des microscopiques pucerons qu’il faut se méfier, mais bien de ces bestioles velues que sont les mygales. Aucunement menaçantes pour la vigne, rappelez-vous tout de même qu’elles mordent! Les chaussures sont de mise…

Par souci de préservation du terroir, le modeste vignoble de 43 hectares – à l’échelle du Chili, ça demeure petit – est en cours de conversion vers l’agriculture biodynamique. Pour ce faire, François Lurton et Aurélien Peris travaillent en partenariat avec le Colombien René Piamonte, un spécialiste de l’agriculture biodymanique qui est entre autres à l’origine de la « traduction » du calendrier de Rudolf Steiner (le père de l’agriculture biodynamique) pour une application de ses pratiques dans l’hémisphère sud. M. Piamonte a aussi contribué à instaurer ce type de viticulture responsable à la Casa Lapostolle et chez Emiliana.

L’Hacienda Araucano recevra la certification d’agriculture biologique pour sa vendange de 2013 et celle d’agriculture biodynamique en 2014.

Le chai qui se trouve dans la commune de Lolol, avec ses 250 000 litres de capacité, ne suffit pas à la vinification de la totalité des 43 hectares de vignes. Une partie des opérations est donc effectuée dans des installations situées tout près de la ville de Santa Cruz à quelques kilomètres du bâtiment principal.

Hacienda_Araucano_Chili_Cuve_Cellier_Vin

Ces cuves à chapeau flottant permettent une cuvaison en milieu anaérobique – en absence d’oxygène ou presque – sans qu’elles soient nécessairement remplies à leur pleine capacité. Mobile, le chapeau peut s’ajuster au niveau de moût dans la cuve, et une membrane gonflable couvrant la circonférence empêche les échanges d’air. Ingénieux !

Cette façon de faire peut nous sembler étrange si on la compare à celle de nos vignerons québécois dont les installations impliquent que les plantations, le chai, la cave et le point de distribution se trouvent le plus souvent à proximité. Dans plusieurs pays du Nouveau Monde, où la majorité des exploitations sont beaucoup plus étendues, la dispersion des infrastructures est chose commune. Pour le visiteur, c’est très agréable… ça fait voir du pays!

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Si l’influence française n’est pas perceptible dans le vin, elle l’est, du moins, sur l’étiquette de certaines bouteilles. Le terme « clos » est utilisé en France pour désigner des plantations entourées de murs de pierre (Clos de Vougeot). Il semble que dans le Nouveau Monde, le terme ait un usage plus large, parce que non, les vignes du vignoble ne sont pas circonscrites par des murets. À moins que les collines ceinturant la vallée ne jouent ce rôle?

Parmi les produits de l’Hacienda Araucano offerts au Québec dans nos SAQ, le Clos de Lolol vaut vraiment le détour. D’une part, il est élaboré à partir des cépages qui réagissent le mieux au climat de Colchagua, en l’occurrence le carmenère, le cabernet-sauvignon, le cabernet franc et la syrah, et d’autre part, il est assurément le vin de la maison qui reflète avec le plus de justesse le terroir de Lolol.

Le Clos de Lolol témoigne d’une grande richesse, autant d’un point de vue aromatique que de celui de la texture en bouche. Les parfums de fruits noirs (mûre et cerise noire), de tabac et d’épices douces dominent un nez complexe et intense. En bouche, l’attaque est solide et pleine, mais sans lourdeur, toute en amplitude. La structure tannique est plutôt souple, et le tout se termine sur une finale de moyenne à longue.

À moins de 25 $, il sera un excellent partenaire du gril pendant la période estivale.

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